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Modes de vie et mobilité désirés : quel horizon pour demain ?

Recherches terminées
Début: Mars 2018
Fin: Mars 2018

Si l’on prenait au sérieux les utopies des Français, à quoi ressembleraient les modes de vie et la mobilité de demain ? Quelles transformations faudrait-il engager dans les rythmes collectifs, les services de transport, l’organisation du territoire ou encore du travail, pour les rendre possibles ? Il est difficile d’adopter le mode de vie de ses rêves, mais certains citoyens y parviennent. Comment et à quel prix ? Que nous apprend leur expérience sur les obstacles à lever pour permettre à d’autres de suivre le même chemin ? En allant à la rencontre de Français, l’enquête vise à dessiner l’horizon d’un futur désiré.

Acteurs de la recherche

 

Contact : Christophe Gay


I. La recherche

Et si l’on prenait au sérieux les aspirations des citoyens pour le futur ? Depuis 2015, le Forum Vies Mobiles a initié une démarche consistant à regarder de plus près les aspirations pour penser les systèmes de mobilité de demain. Un atelier de prospective exploratoire a été organisé en 2016 avec des citoyens ayant fait un choix de vie atypique. Une grande enquête quantitative a également été menée sur les aspirations en termes de modes de vie et de mobilité pour le futur. Elle a révélé deux aspirations largement partagées :

  • le souhait de ralentir les rythmes de vie ;
  • le souhait de réduire les temps de déplacement quotidiens, soit en privilégiant la proximité, soit en permettant l’accès rapide en transport aux lieux fréquentés.

Au-delà de ces deux aspirations structurantes, les modes de vie idéaux sont apparus comme diversifiés en termes de mode de transport, de rythme de vie et de connectivité, ce qui a conduit à la création de cinq profils types.

Le Forum Vies Mobiles a alors souhaité approfondir la compréhension de ces modes de vie idéaux et alimenter sa réflexion sur la transition vers des mobilités désirées et soutenables en lançant une enquête qualitative sur le territoire français.

A travers une série d’entretiens semi-directifs, l’enquête visait à recueillir la description la plus riche possible de ces modes de vie au plan de la mobilité. Quelle organisation des activités (travail, sorties, achats…) dans l’espace et le temps est considérée comme idéale ? Sur quels moyens de déplacement et de télécommunication reposerait-elle? Que signifie décélérer, réduire les temps de déplacements quotidiens, vivre en proximité ? Comment peuvent être prises en compte les questions environnementales ? Quelles valeurs fondent ces aspirations ?

L’enquête s’est également intéressée au chemin à parcourir pour rendre possible l’adoption de ces modes de vie par une part significative de la population. Un exercice de back casting a ainsi été proposé aux enquêtés en deuxième partie d’entretien pour les amener à s’exprimer sur les conditions auxquelles la société pourrait faciliter la réalisation de leur idéal.

L’enquête a été confiée à un groupe de quatre étudiantes du Master 2 Aménagement et Urbanisme de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne : Sophie Garcia, Mathilde Guellaën, Louise Laigroz et Elia Vanson-Magalhães Da Silva, sous la direction de Juliette Maulat.

Un comité scientifique, composé de Xavier Brisbois (psychosociologue), Boris Descarrega (socioéconomiste), Vincent Kaufmann (sociologue), Alexandre Rigal (sociologue) et Lolita Rubens (psychosociologue), a suivi le projet aux côtés du Forum Vies Mobiles.

II. Les principaux enseignements de la recherche

L’enquête qualitative a permis au Forum Vies Mobiles d’approfondir la compréhension des aspirations formulées à l’occasion de l’enquête quantitative, et en particulier de préciser ce que recouvraient les aspirations au ralentissement et à la vie en proximité. Une précaution s’impose néanmoins dans l’interprétation des résultats : si l’enquête a permis d’interroger une diversité de profils socio-démographiques et de situations géographiques, les diplômés de l’enseignement supérieur sont fortement surreprésentés parmi les enquêtés - au détriment des non-diplômés - et ce alors que le diplôme est devenu l’une des variables explicatives les plus efficaces des comportements et attitudes.

Les entretiens ont mis en évidence des liens forts entre le rythme de vie idéal, l’organisation idéale des activités sur le territoire et les modes de déplacement quotidiens idéaux. On peut distinguer deux grands systèmes d’aspirations en termes de mobilité , qui se déclinent en différentes versions :

  • Certains individus mettent l’accent sur la recherche des « justes limites » au nom de l’environnement, du bien-être individuel et de l’équité . Dans leur idéal, les activités sont resserrées dans un périmètre restreint autour du domicile, ce qui permet la réalisation de l’ensemble des déplacements quotidiens en modes actifs – marche, vélo… - dans des temps courts (20 mn maximum). Le déplacement est considéré comme une perte de temps à réduire autant que possible. Dans ce modèle, le temps de travail est également réduit, ce qui permet de davantage maîtriser son rythme de vie, de l’adapter aux rythmes de la nature (cycles biologiques, saisons…) et de pouvoir faire moins de choses si on le souhaite. Couplées, ces transformations du rythme et du périmètre de vie permettent l’investissement dans la vie locale, associative et politique. L’usage des TIC doit être limité, afin de privilégier les interactions en face-à-face et de laisser la possibilité aux individus de se déconnecter quand ils le souhaitent.
  • D’autres individus veulent maximiser les possibles au nom de la liberté et de la diversité . Dans leur idéal, les activités sont dispersées dans l’espace, mais facilement accessibles depuis le domicile. On y accède en voiture ou transports collectifs, à l’exception des commerces de base qui doivent être accessibles à pied. Le déplacement est perçu comme un sas, une coupure entre les différentes sphères de la vie quotidienne, qu’on cherche à compartimenter. Il permet de fréquenter une diversité de lieux et de personnes au cours de sa journée. Il ne doit cependant pas être trop chronophage, ce qui renvoie à une idée de proximité temporelle entre les lieux fréquentés au quotidien. Le rythme de vie idéal est assez intense, mais c’est l’individu qui en a la maîtrise. L’usage des TIC se doit d’être « intelligent », c’est-à-dire se limiter aux démarches administratives, à la recherche d’informations et à des échanges.

Si, dans les deux cas, la vie en proximité (géographique dans le premier cas, temporelle dans le second) est considérée comme un idéal, les vacances font exception : elles ont vocation à rompre avec le quotidien par le dépaysement géographique.

Dans l’ensemble, les enquêtés se montrent assez satisfaits de leur mode de vie et de leur mobilité actuels . Leur mode de vie idéal est généralement proche de leur mode de vie actuel, même si une partie des enquêtés aimerait aller plus loin dans certaines pratiques : pouvoir complètement abandonner la voiture, réduire ses temps de déplacement quotidiens ou télétravailler plus facilement par exemple. Les jeunes qui aspirent à un mode de vie lent sont les seuls dont le mode de vie idéal diffère radicalement de leur mode de vie actuel.

En revanche, pour la plupart des enquêtés, le décalage entre l’idéal de société et la situation actuelle est important . Les blocages qui freinent le changement sont à la fois collectifs (système économique, organisation territoriale…) et individuels (habitudes, mentalités…). Plus précisément, le constat formulé par les enquêtés est double :

  • les éléments structurels et collectifs (place du travail dans la société, système politique, système économique…) ont énormément de poids ; l’individu a peu de prise dessus. Un changement systémique est donc nécessaire pour tendre vers l’idéal de société.
  • les habitudes, l’égoïsme et l’individualisme sont un blocage majeur au changement. La prise de conscience et l’action individuelle sont essentielles pour tendre vers l’idéal de société.

Ces deux constats peuvent sembler contradictoires. On peut en faire l’interprétation suivante : ces enquêtés pensent que seule une action collective de la majorité des citoyens pourrait permettre de changer les choses. Dans la mesure où les pratiques des individus s’inscrivent dans le système de mobilité actuel, les enquêtés les interprètent comme une adhésion au système (c’est ce que les psychosociologique appellent un « biais d’attribution »). Ils pensent donc que les autres citoyens ne veulent aucunement changer le système et qu’une action collective est impossible, sauf si un changement de mentalité s’opère. Par conséquent, ils mettent à la fois l’accent sur le poids des structures et sur le rôle des individus dans la pérennisation de la situation actuelle. Cette interprétation nécessiterait des investigations supplémentaires pour être confirmée.

Une synthèse réalisée par les étudiantes présente les résultats de l’enquête de manière plus complète :



Le Forum Vies Mobiles a également cherché à tirer quelques grands enseignements de l’enquête : un tableau reprend le contenu des entretiens pour chacun des profils types identifiés dans l’enquête quantitative de manière succincte et un résumé revient sur les aspirations exprimées en termes de rythme de vie, de périmètre quotidien et de vacances, ainsi que sur le processus qui a conduit les enquêtés interrogés à adopter un mode de vie désiré.






III. Pour aller plus loin



Déplacement

Le déplacement est un franchissement de l’espace par les personnes, les objets, les capitaux, les idées et autres informations. Soit il est orienté, et se déroule alors entre une origine et une ou plusieurs destinations, soit il s’apparente à une pérégrination sans véritable origine ou destination.

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Mobilité

Pour le Forum Vies Mobiles, la mobilité est entendue comme la façon dont les individus franchissent les distances pour déployer dans le temps et dans l’espace les activités qui composent leurs modes de vie. Ces pratiques de déplacements sont enchâssées dans des systèmes socio-techniques produits par des industries, des techniques de transport et de communication et des discours normatifs. Cela implique des impacts sociaux, environnementaux et spatiaux considérables, ainsi que des expériences de déplacements très diverses.

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Transition

Les recherches sur la transition s'intéressent aux processus de modification radicale et structurelle, engagés sur le long terme, qui aboutissent à une plus grande durabilité de la production et de la consommation. Ces recherches impliquent différentes approches conceptuelles et de nombreux participants issus d'une grande variété de disciplines.

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Mode de vie

Un mode de vie est une composition - dans le temps et l’espace - des activités et expériences quotidiennes qui donnent sens et forme à la vie d’une personne ou d’un groupe.

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